Saint Clément Metz: Octobre 1949 !

Quatrième division !

Monsieur Kisgen, le responsable de quatrième division me faisait très peur. Il effrayait aussi les autres, ainsi il persécutait les frères Simonet, les deux Stauder, Dahnis, le petit Colombo ... Pour avoir la paix, je faisais le mort !


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Figure 001: Les fenêtres de l'étude de quatrième division sont désignées par la flèche rouge. La photo est prise à partir de la cour de récréation de 4 eme division



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Figure 001a: La photo de 1949 est prise à partir de la cour de récréation de 4 eme division


Jean Marie Simonet, "le petit Simonet", trouvait mille et une occasion de nous divertir et de temps à autres ses trouvailles éclaboussaient son frère aîné Joël, "le grand Simonet", qui était plus calme: le Grand se faisait souvent engueuler a la place du Petit. Le Grand avait un sens de la famille très développé et acceptait tout cela stoïquement. Les frères Stauder n'aimaient pas qu'on les pousse, or Kisgen était plutôt du genre pousseur ...

Si Kisgen n'aimait pas Dahnis, Dahnis n'aimait pas Kisgen. Les parents de Dahnis vivaient à Coblence, et lors des "Grandes sorties", Dahnis rentrait chez lui en passant par "Türkisch Mühle". Pendant des semaines Kisgen le traita de turc, de quiche et de mule. Dahnis prenait cela avec un sourire hautain (il était plus grand que Kisgen), il avait ce genre de sourire qui voulait dire "faut bien qu'il s'amuse le p'tit". Pour stimuler le petit Kisgen rien de tel que le mépris d'un grand. Quant au petit Colombo, je n'ai jamais compris pourquoi on l'engueulait tout le temps: Colombo était pourtant un petit !

Certains camarades disaient qu’au premier abord, Kisgen était certes difficile, mais qu’il les aidait de façon efficace. Ainsi, André Mohrain me dit que sans Kisgen, il n'aurait jamais compris les fractions.

Comme Tintin, Monsieur Kisgen était un petit qui portait des pantalons golf; il avait un caractère proche de celui du général Alcazar. On le disait Luxembourgeois. Il n’avait pas l’accent de ces gens-là et semblait ne pas connaître les dialectes germaniques des villages de ce petit pays. Mais il y a des luxembourgeois qui s'adaptent ... c'en était peut-être un !

Il était secondé par Monsieur Lequeux. Monsieur Lequeux était grand, maigre et sportif. Il n’exprimait pas beaucoup de sentiments, mais ses yeux dégageaient une très grande honnêteté: en plus, il était réglo.

Nous étions très nombreux en quatrième division; le dortoir au dessus de la Chapelle n’était pas suffisamment grand. Je faisais partie d’un groupe qui, surveillé par Monsieur Lequeux, passait la nuit dans le dortoir de seconde division, chez les «grands». Le surveillant des grands était le père Dujardin. Les grands l’appelait Duduche. Nous étions les «petits» et théoriquement nous dormions déjà lorsque venaient les grands. Duduche était très gentil avec les petits

Pour nous préserver d'une surdité précoce, Monsieur Lequeux vérifiait notre position dans le lit: nous devions être tout à fait allongés. Il modifiait la position de ceux qui dormaient en chien de fusil. Je n’ai jamais su s’il pratiquait cette médecine préventive de son propre chef ou sur l’ordre de ses supérieurs. De toute façon, nous nous remettions de suite en chien de fusil, ne fut-ce que pour avoir chaud.

Le matin, nous étions réveillés par le «Benedicamus Domino» que Duduche hurlait en déambulant dans les deux parties du dortoir en forme de L. Il retournait les matelas des grands qui ne se levaient pas assez vite.

Nous allions ensuite au vestiaire. Notre toilette était rapide, mais complète. En rang on descendait à la messe. puis nous allions au réfectoire. Nous ne mangions que du pain et de la confiture, le pain était délicieux de même que la confiture. On nous servait un grand bol de café au lait. La plupart des bols étaient ébréchés, et, comme il se doit nous buvions dans les fentes !


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Figure 002: le vestiaire. Le vestiaire avait la forme d’un L. Quand «duduche» était dans une branche, on chahutait dans l’autre (Photo d’André Mohrain).


Les Pères partaient du principe que si nous mangions trop le matin, nous dormions au cours: on devait donc manger peu ! Pour nous aider à manger peu, les pères réduisaient le temps passé au réfectoire. On pouvait naturellement compléter les repas en achetant des compléments à la questure ou en vidant nos boîtes à provisions: il y avait des p’tit gros parmi nous, ce qui montre qu’on se débrouillait. Je dois néamoins admettre que les petits gros avaient une tendance plus grande à somnoler au cours. Il y avait sans doute du vrai dans ce que disaient les pères.

Après le petit déjeuner, nous avions un quart d’heure de récréation puis nous rentrions en étude en attendant que les professeurs viennent nous chercher.

Le père Yonc.

Le père Yonc, que certains appelaient «Charlot» était à la fois aumônier de quatrième division et professeur de religion. Il était responsable des communions solennelle et confirmations. Pour les communions, il y avait un retraite, mais surtout trois jours de congé !

J'avais malheureusement fait ma communion et ce congé me passait sous le nez. Quant à la confirmation elle était l'oeuvre de Mgr Heintz et ne donnait lieu à aucun congé. Je n'étais pas confirmé !

Nous donnions rarement des surnoms aux Pères. Mais il y avait trois exceptions: «Charlot» pour le père Yonc, «le Condor» pour le Père Gérard et «la Chouette» pour le Père Lefèvre. Il y a avait bien sûr de gentils diminutifs tels que «Cordon» ou «Duduche», pour les pères Cordonnier et Dujardin. Les autres Pères étaient appelés par leur nom réel. Plus tard, les jeunes sont devenus moins respectueux et ils ont inventé d’autres surnom. Ainsi, j’ai demandé à l’expéditeur d’une photo le nom d’un Père qui y figurait. Il ne savait pas, mais il m’écrivit qu’on l’appelait «la Pucelle» ... il y eut d'autres "Pucelle"s, puis des "Buffles" ... !

Je n’aimais pas Charlot, et je n’en dirai donc rien, sinon je n'irai pas au ciel. Comme j’avais une très grande confiance dans le clergé de ma paroisse natale, je gardais mes péchés bien au frais pour les déclarer chez moi, lors des jours de congé.

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Figure 003: Charlot:
Il remplace Mr Becker, le titulaire de la classe. premier rang, à l'extrême gauche, je reconnais Philippe Henrion, Bernard Hartenstein et Demescence. A la deuxième rangée, le second est Sérandour, le quatrième, Bernard Leboeuf et au bout André Mohrain. A la troisième rangée, les frères Stauder et raymond Zaske (Photo d’André Mohrain)


Le père Yonc avait une activité importante, il gérait les questures: il pouvait donc nous refuser et le chocolat Poulain et les Rogerons quand nous n’obéissions pas.

Monsieur Joseph Dugaillez

Monsieur Dugaillez était un nouveau. Il remplaçait nous disait-il le Père "Vent des Rages" (Van der Haege), dont il prononçait le nom à la wallonne (Monsieur Gebler, qui venait parfois en Wallonie y devenait "Monsieur J'ai blé"). Nous soupçonnions Monsieur Dugaillez d’être belge. Il aurait été originaire de Jupille, comme Charlemagne et la bière «Jupiler».

Monsieur Dugaillez était petit et maigre (photo ci-dessous, de Hans Hubert), il faisait régner l’ordre sans intervention externe. C’était un excellent professeur. C’était aussi un excellent dompteur, le seul capable de mater le petit Simonet (Jean-Marie). Il domptait avec délicatesse, il ne frappait pas et n’envoyait pas chez le Préfet, il ne donnait pas de r’tenue.

A cette époque, il fumait à la fois la pipe et la cigarette. Il avait des doigts jaunes. Par la suite, il ne s’intéressa plus qu’à la pipe. Il fumait du tabac de la Semois, "le Bohannais", comme Simenon.


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Figure 004: Monsieur J Dugaillez:
Je reconnais Hans Hubert (troisième rangée, avant dernier à droite. Je pense que Meyers est le premier à droite de la deuxième rangée.


Monsieur Jules Settlen;

Notre professeur de Mathématique était un pur Messin: il avait l’accent germanique du terroir et parsemait son discours de «Nem, donc». Monsieur Settlen habitait Montigny et avait vécu sous régime allemand, puis français, puis à nouveau allemand et enfin français. Il connaissait donc bien les problèmes de frontières et il les intégra à sa pédagogie. Ils nous enseigna les équations en nous rappelant que «gant on jange de bèïs on jange de trabo». Venant de Belgique, j’étais moi aussi habitué aux changements de pays et de drapeau. J’avais donc des facilités en algèbre.

Monsieur Settlen était un peu dur de la feuille (grâce à Monsieur Lequeux nous ne le deviendrons jamais, nous !). Il devint en quelque sorte notre professeur Tournesol: grâce à lui nous comprenions mieux les aventures de Tintin.

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Figure 005: Monsieur J Settlen:
Les deux prof de math, Monsieur J Settlen et J Remy.


Monsieur Settlen était un homme sympathique. Il était vieux garçon ou veuf. Le Père de Sury m’a dit qu’il vivait avec sa soeur à Montigny. Un jour il avait oublié de fermer son pantalon. Le petit Simonet à qui on ne cachait rien cria «fermez le capot on voit le moteur». Monsieur Settlen, mal entendant, lui répondit «non mon petit, ce n'est pas encore l'heure», du vrai Tournesol; il ne manquait que les deux Dupond. Soudain Settlen s’aperçu du désordre de sa tenue et alla dans un coin de la classe pour corriger la chose. Le petit Simonet s’écria alors: «ça y est les gars il va dans le coin pour ... !» Il y avait pas mal d’ambiance au cours de math !

Nous nous sommes amusé tout en recevant un bon bagage mathématique ! On s’amusera moins plus tard avec Monsieur Remy.

Monsieur Aubertin

L’anglais enseigné par Monsieur Aubertin me sauva la vie. J’étais à Boston. Au lieu de dormir avec les autres dans la salle d'un congrès, j’avais décidé de prendre l’air et de visiter la ville.

Je m’éloignais du centre "blanc" de Boston. Les rues devenaient de plus en plus pauvres et les habitants de plus en plus noirs: J’étais perdu, cela ressemblait à Kinshasa. J’ai demandé poliment à un jeune noir comment rejoindre mon hôtel. Il m’a demandé demandé si je n’étais pas parisien, non seulemnent je n’avais pas l’accent habituel des blancs du coin mais en plus, j’étais très poli avec les noirs, ce qui me distinguait sans doute de l’américain moyen. Mon jeune ami noir m’a donc aussi traité avec beaucoup de gentillesse et m’a ramené dans les quartiers blancs de la ville.

Sachant où j’étais allé, mes amis américains avaient déjà commencé à prier Dieu pour le repos de mon âme en regardant leur montre. On parlait à cette époque des étés chauds dans les Ghettos noirs. Un ami américain m’a dit que mon accent était reconnaissable et que les noirs n’avaient rien contre les français. C’est possible, mais les noirs aiment aussi être considéré comme des êtres humains.


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Figure 006: les professeurs:
La photo met un visage sur les noms dont on parle dans le texte. Le Père Michel Bureau était préfet en 1949, sur cette photo il est recteur.


Contrairement à ce que j'écris dans l’histoire précédente, monsieur Aubertin avait un accent anglais très correct et il tentait aussi de nous l’inculquer. Un jour, il nous fit une dictée. Ils prononçait bien les mots, et j’avais écrit «que c’est drôle» au lieu de «cathedral». C’était une des façons d’écrire les sons que j’avais cru entendre. Il y eut d'autres variantes, nous étions trente ! Seul Jean-Claude Pépin avait écrit cathedral. Il avait sans doute une plus grande intuition religieuse que nous. Ses parents fréquentaient Mgr Froment qui était évêque de Nancy à l’époque (un évêque, ça connaît bien les «que c’est drôle» !).

Monsieur Aubertin enseignait aussi la géographie: il avait beaucoup voyagé Il aurait été à la légion étrangère: il savait que si pendant la journée il faisait chaud au Sahara, la nuit on se les gelait (il s'exprimait sûrement avec plus de distinction).

Certains lorrains s’étaient engagés dans la légion pour ne pas être engagé de force dans la Wehrmacht, Monsieur Aubertin devait être de ceux-là. Hitler en effet considérait que, entre autre, la Lorraine était partie intégrante de l'Allemagne.

Il y avait toujours beaucoup d’ambiance à ses cours. Un jour, nous avions créé une ambiance du même genre en étude de troisième division. Le Père Munier, le surveillant, nous a demandé si nous nous croyions réellement au cours de Monsieur Aubertin. Lorsque l’intéressé prit connaissance de cette remarque désobligeante, il se fâcha et décida de se plaindre en haut lieu. Obtint-il les excuses publiques qu’il espérait ? je l'ignore.

Monsieur Aubertin fumait énormément. Monsieur Dugaillez devait jalouser le brun de ses doigts. Les scouts du Père Cordonnier pouvaient suivre monsieur Aubertin à la piste, du Collège à Saint-Julien où il habitait. Il suffisait de suivre les mégots. Il venait parfois en vélo: cela réduisait le nombre de mégot au kilomètre ce qui rendait le travail des scouts plus ardu.


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Figure 007: Monsieur Aubertin:
Cette photo de Monsieur Aubertin provient aussi de la collection de Jean Hubert (Hans Huber).


Monsieur François d’Aquin.

Les cours de dessins se donnaient dans une sorte d’amphithéâtre situé dans les greniers du Coètlosquet. Mon voisin K. y réalisait des oeuvres très dépouillées qui auraient merveilleusement illustré le «Chante ta Prière» du Père Masse. Monsieur d’Aquin, homme très délicat, ne se serait jamais permis la moindre remarque désobligeante vis à vis d’un élève. Au contraire, Il encourageait K. et stimulait ses penchants modernistes.

Monsieur d'Aquin aurait du appliquer la méthode Remy ... On exposerait peut-être maintenant les oeuvres de K au Centre Pompidou !

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Figure 008: Monsieur François d'Aquin:
Il est entre le père Herzog et Monsieur Gebler. Au premier rang, de gauche à droite, les pères Bernard Lemaire et Charvet, puis Monsieur Jacques Remy et le père François de Sury.


Maître Barbas

Le matin, les cours de récréation retentissaient de champs martiaux «Sois fier de ton nom au fils de France, redresse toi ...» ou bien «depuis Koufrah, Radames et Cherbourg ...» ou alors «Le roi Arthur avait trois fils quel supplice, mais c’était un excellent roi, oui ma foi...» .

Maître Barbas donnait les cours de gymnastique en grand uniforme d’officier de l’armée française, avec képi, badine et tout et tout. Il avait énormément de classe. Il donnait aussi des cours particuliers de sabre, d’escrime ... Mon ami Pépin suivait des cours d’escrime ... Il a aussi suivi des cours de piano !

Maître Barbas était secondé par Monsieur Lequeux. Celui-ci n'était pas militaire, mais il avait quand même fière allure. Plus tard on leur adjoint Monsieur Brézillon qui faisait un rien plus populaire.

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Figure 009: Monsieur Brézillon:
je ne reconnais que le pre Mathieu, le prof de physique.


Pour nous échauffer nous défilions en chantant les marches dont j’ai parlé plus haut. Les chants nous étaient enseignés par le Père Masse.

Quand il pleuvait, la cour était calme, les cours de gym avaient lieux dans la salle de Gym (Ne me faites pas dire qu'on nous faisait chanter pour solliciter le dieu de la pluie).

Les questures et l’argent


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Figure 010: La questure:
Bien protégée, la questure ne contenait que des instruments de travail. On y trouvait parfois du chocolat «Poulain» et des «Rogerons» (Photo de Hans Huber dont on voit le visage entre deux «clients»)


Le Père Yonc était aussi responsable des questures. Il y a avait deux questures. La questure des grands se trouvait dans la cours de première division, sur la fosse septique, à coté des chiottes. L’autre se trouvait sous le préau près du portail à camions. On y vendait des «copies», des cahiers, des bics ... mais aussi des choses plus sérieuses, comme des barres de chocolat Poulain, des Carambars, des Rogerons et des billes. On faisait la queue, mais comme nous étions sous le préau ...

Le préau de la questure était un «No man’s land» C’est un des rares endroits ou l’on pouvait se mélanger à ceux des autres divisions. c’est un endroit où nous échappions un peu à nos surveillants ! Rappelons que les chiottes, plus personnalisés, étaient des échappatoires plus solitaires. Il y avait une série de 4 chiottes par division.

Plus tard la questure fut reprise par le Père Noyelles. Il fit de Gilbert Kern et moi-même de vrais gérants. Nos employés étaient les questeurs. Ils venaient s’approvisionner chez nous dans un local central. Les rayons furent mieux achalandés et les produits importants plus diversifiés ...

Nous n’avions pas beaucoup d’argent. Les parents ne pouvaient nous donner beaucoup. Ils devaient le déposer chez le Père Econome, le Père Gilliot, celui qui nous apprit à faire le fluide glacial à partir d'acide acétique glacial. Le Père Gillot déléguait ses pouvoirs à un gentil petit Monsieur (Monsieur Reb) qui jouait aussi des orgues à la chapelle. Ce Monsieur nous donnait l’argent suivant nos besoins, après avoir vérifié que notre carnet de compte était en équilibre. Nous avions en effet un carnet de comptes où nous devions indiquer actif et passif.

Je suppose que par le passé, la comptabilité de l’Association des Anciens était réalisée par l’un de ceux dont le carnet était tenu de manière exemplaire. A notre époque, les carnets étaient particulièrement mal tenu, au point qu’au lieu de faire appel à un ancien «interne», on a du faire appel à Jean-Marie Bemer qui était un «externe» pour tenir la comptabilité des Anciens. Il savait lui ce qu’était une comptabilité bien gérée.

Les vêtements.

Nous étions souvent en récréation, à 8:00, 10:00, 12:00, 13:30, 16:00 et 17:30 heures. Il y avait une cours de récréation par division le long d’une sorte de route sur laquelle marchaient les Pères après les repas, mains dans les manches en bavardant.


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Figure 011: En récréation:
Parfois le surveillant sortait les échasse, comme ici dans la cours de troisième division (la photo est aussi de Jean Hubert)


Les cours de récréation étaient recouvertes d’un mélange de terre poudreuse et de cailloux. Quand il pleuvait cela devenait très fangeux. Or à Metz, il pleut souvent. Quand il ne pleuvait pas, le vent soulevait la terre poudreuse. Le Père de Sury arrivait alors avec son grand tuyau, le connectait aux bouches d’incendie et arrosait les cours. Il préparait ainsi une sorte de gadoue synthétique. Qu’il pleuve ou non, il y avait souvent de la boue dans les cours.

Pendant les récréations, il fallait jouer, et nous jouions: il y avait un ballon de Foot, plus ou moins gonflé, avec lequel nous brisions les carreaux des fenêtres d’étude. Rapidement les Jésuites ont placé des grillages pour protéger les fenêtres.

Souvenez-vous de Louis Sipp qui criait «Gourrez abrès le pallon». Rappelez-vous le Père Michel Bureau (alors Père Préfet) qui jouait au foot avec nous. Il faut dire que les jésuites avaient des soutanes sans bouton, adaptées la pratique des sports.


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Figure 012: En récréation, il fallait jouer:
Celui qui ne jouait pas était punis et devait faire des «tours de cours» Le bâtiment du fond était l’atelier (l'antre) du Père de Sury. (la photo est aussi de Jean Hubert)


Il fallait jouer. Celui qui ne jouait pas était punis et devait faire des «tours de cours». Nous jouions donc et souvent nous tombions dans la gadoue. Nous avions appris à porter des vêtements solides et bon marché.

Nous ne mettions un uniforme (culotte bleue et chemise blanche) que pour certaines fêtes: les fêtes où l’on levait le drapeau et où nous défilions au pas devant les gouverneurs militaires, maires etc. ... Notre collège fréquentait beaucoup les gens en uniforme ...


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Figure 013: En uniforme:
Pour défiler, nous avions un uniformechemise blanche et culotte bleue Le petit "Colombo" a les mains sur les hanches. Je ne sais plus quel fut la personnalité fêtée ce jour-là, sans doute le gars à la pochette. On voit le Père Préfet (Jean Hemery), qui sourit à gauche. (Photo communique par Hans Martin Huerter)


Un jour vint P.C., un nouveau. Roger T, ne l’aimait pas. D’après Roger, le nouveau était «un petsec» qui portait des pantalons «pétroles» (bleu verdâtre). Menacé de tours de cours, le nouveau se mit à jouer et donc à salir ses beaux vêtements (que va dire Maman !). Rapidement le nouveau adopta une tenue plus populaire et fut intégré.

La piscine du Stade

Nous allions soit directement à la piscine, soit seulement après nous être livrés à l'un ou l'autre exploit sportif, un match de foot par exemple.

Nos cris de joie  chassaient les animaux qui nous précédaient dans la piscine (rats, etc. ...). Seuls restaient les microbes, les parasites et les taons. Les taons se réjouissaient, eux qui se nourrissaient du sang de collégiens et de CRS. Du sang jeune !

Nous partagions, en effet, la piscine avec les CRS d'une caserne proche du Collège. Les CRS pouvaient utiliser la piscine des jésuites, à condition de la nettoyer. Ils la nettoyaient donc courageusement. Ils ramassaient feuilles pourries, troncs et branches d'arbres. Il déposaient le tout dans les fourrés, loin du bord. Ils se constituait ainsi des amas noirs un peu répugnants.

L'eau de la piscine était une sorte de boue diluée. Celui qui ouvrait les yeux sous l'eau se retrouvait le soir à l'infirmerie. Le Frère Pélerin lui instillait des gouttes miraculeuses qui lui sauvaient la vue. Boire la tasse, me demanderez-vous. Avez-vous déjà entendu parler de gastro-entérite ... Après la piscine la douche du Père de Sury était bien accueillie, elle nous nettoyait réellement.

On arrivait à la piscine en criant. Nous nous déshabillions assez loin du bord pour que les plongeons des uns ne mouillent pas les vêtements des autres. Le premier déshabillé plongeait, plouf, alors suivi  par le reste de la division: plouf, plouf et plouf. Les uns jouaient aux Water polo, d'autres allaient explorer les grands fonds, d'autres enfin emmerdaient leurs petits camarades. Il y en avait aussi qui jouaient derrière les buissons à des jeux de moralité douteuse.

Le surveillant lisait son bréviaire ou priait pour ceux qui jouaient derrière les buissons.

Un jour Y.S. se hissa hors de la piscine, et replongea aussitôt, l'élastique de son slip avait cédé ! L'opacité de l'eau sauva sa vertu.

Le surveillant sifflait pour nous faire sortir de l'eau. Pour ne pas salir ni mouiller nos essuies, nous nous séchions au soleil. Certains se séchaient sur le socle de la statue de la Vierge qui protégeait l'endroit.

Une fois secs; nous remettions nos vêtements, sauf les malheureux dont les vêtements avaient été jetés à l'eau. Je ne sais plus comment ces derniers  revenaient au collège.


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Figure 014: Hans Martin et la Vierge du stade:
La Vierge protégeait le stade. (Photo communiquée par Hans Martin Hürter)

Hans Martin Huerter ne sera plus parml nous. Il veillera dorénavant sur sa famille et ses copains ...