Le Père de Clréry.

Premier contact

Le Père de Cléry était notre professeur de quatrième. Il venait nous chercher à la porte de l'étude de troisième division.


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Le Père de Cléry


Les surveillants de cette étude étaient le Père Munier et Monsieur Jeanjean, celui qui nous lisait les aventures du Capitaine Biggles au réfectoire Vous sous souvenez certainementde la phrase: " ... et Biggles alluma une cigarette !". Je n'ai pu retrouver que le Père Munier. Il est mort en août 2010. Il a publié de nombreux textes mystiques. Il a traduit plusieurs textes allemands et espagnols, notamment une partie de oeuvres philosophiques de Heidegger.


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Le Père Munier (transmise par Ph. Henrion)


Le bâtiment qui abritait l' étude de troisième division le garage à vélo et le bloc des chiottes ont été abattus. L'arrière chambre du bureau du préfet ont été abattu eux aussi.


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L'étude de troisième division (transmise par A. Mohrain).


La salle de classe du Père de Cléry se trouvait au premier étage du Coëtlosquet, au dessus des douches. On montait l'escalier principal en se tenant à la merveilleuse grille en fer forgé, celle qui a disparu en même temps que le Coëtlosquet !

La classe pu Père de Cléry était un endroit plein de vie. On y rencontrait les "petits Suisses". Il y eut en effet des "Petits Suisses" au collège. Ils ne ressemblaient en rien à ces fromages cylindrique qu’on nous servait souvent après les repas du soir. C'étaient de vrais petits suisses qui apprenaient le français avec le père de Cléry. En échange, ils travaillaient à la cuisine.

Ils jouaient avec une corneille, qui souillait la classe. Le Père de Cléry nous apprit à cette occasion que les oiseaux avaient un cloaque, un sorte d'orifice commun aux voies génito-urinaires et intestinale... Ils émettaient une fiente blanchâtre ... Une fiente qui décorait nos cahiers.

Vous vous souvenez peut-être de la version grecque que le brave Père nous fit traduire: "L'ours et les pommes". Le texte avait été rédigé en Suisse. Le père de Cléry était très cultivé et donnait à la fois le français, le latin, le grec, la religion et les mathématiques. Il savait comment nous intéresser, il répondait à chacune de nos questions. Il avait une culture générale considérable. Nous l'aimions beaucoup.

Un jour, nous traduisions la Guerre des Gaules du Grand Jules. "Herveg" me dit-il, "Vous allez traduire la phrase suivante qui doit-être imprimée en caractères gras dans votre pays (la Belgique)": "De tous les peuples de la Gaule, les belges sont les plus braves". En Belgique les enseignants étaient fiers de nous lire cette phrase ... Je la traduisis avec orgueil.

Le brave Père alla ensuite dans la petite pièce qui jouxtait la classe, cette pièce avec prie-Dieu où il nous confessait Il en ramena une grande carte qu'il suspendit au tableau: "Du temps de César" nous expliqua-t-il, "la Gaule Belgique s'étendait du nord de la Hollande, là, jusqu'à Lucrèce, ici. Les parisiens étaient donc aussi des braves belges !" Cela m'en boucha un coin !

Il nous parla aussi de ces missionnaires qui utilisaient la musique populaire pour accompagner les chants religieux; comme exemple il nous chanta une chanson de jadis:

"Oh U, oh U, oh Ursule Mon coeur, mon coeur, mon coeur brûle il faudrait une pompe à vapeur pour éteindre l'ardeur qui me consume le coeur" (la musique est rythmée imitant le rythme d'une pompe)

Il reprit ensuite l'air avec les paroles du "tamtum ergo..." pour nous montrer comment on faisait.

Il nous parla enfin des Réductions Jésuites dans ce qui est devenu depuisle Paraguay. Ces missions étaient de petits village construits autour de couvents; on y sédentarisait les Guaranis qui étaint nomades. Les pères protégeaient les amérindiens contre les espagnols et les portugais qui cherchaient des esclaves. Vous avez sans doutes vu le film "Mission" avec l'acteur de Niro. De Niro, comme Voltaire jadis étaient est de grands admirateur del'action des jésuites en Amérique du Sud.

Poussé par le roi d'Espagne et plusieurs Ordres Religieux, et pour faire plaisir aux rois d'Espagne de France et du Portugal, le Pape avait supprimé l'Ordre des Jésuites en 1768. L'armée espagnole se rua alors sur les missions. Certains jésuites furent massacrés, les autres furent chassés et revinrent en Europe. Les amérindiens qui ne s'enfuirent pas assez vite en brousse furent vendus comme esclaves aux colons espagnols. Les moins chanceux périrent dans les mines d’or et d'argent à Oruro pour la prospérité de leurs majestés très catholiques ... On évite de trop parler de tout cela, ça fait un peu désordre ! Pourtant le Père de Cléry avait beaucoup d'ordre.

Les mines d'Oruro sont à une altitude dépassant 4000 mètres. Les esclaves y mouraient très jeunes. Il fallait donc les renouveler régulièrement. L'extraction et la purification des métauxi consommait des quantités assez considérables de mercure. Il était rejeté dans les rivières.

Les pierres des églises jésuites furent utilisées par les riches espagnols pour construire leurs "haciendas" (en Chiquitanie où il n'y avait que de l'adobe et du bois, les églises sont restées intactes).

J'ai entendu parler des "Missiones Jésuiticas de Chiquitania" en travaillant en Bolivie. L'UNESCO les avait déclarées "Patrimoines de l'Humanité".

Lors de l'expulsion des jésuites, les amérindiens ont caché tout ce qu'ils avaient réalisés avec leurs amis: ils voulaient rendre leurs biens aux jésuites quand ceux-ci reviendraient. Les amérindiens croyaient en effet au retour des Jésuites. Les "Hermanos Franciscanos" ont remplacés les jésuites expulsés: ils étaient politiquement plus sûrs ! Les amérindiens ont tout caché aux "Hermanos Franciscanos" dont ils se méfiaient.

Un architecte Jésuite suisse, le Père Hans Roth est revenus il y une trentaine d'années pour restaurer les églises Jésuites de Chiquitanie. Elles avaient été construites jadis par un autre suisse le Père Martin Schmids.j. On a découvert dans ces églises la musique baroque que les amérindiens avaient composée du temps des jésuites.

Plus de 4000 partitions étaient cachées rien qu'à San Javier et Concepción. On en a trouvé 5000 autres cachées chez les Moxos dans la province du Beni. La musique baroque bolivienne est plus dansante, plus légère et plus libre que la musique baroque européenne.

Cette année (2010), je suis retourné visiter les missions que je préférais, c'est à dire celles de Concepción et de San Javier (dans le département de Santa Cruz, à l'est de la Bolivie). Ces deux petits villages sont dans la jungle, à 300 km de la ville la plus proche (Santa Cruz de la Sierra).

Jadis on y accédait grâce à une piste pleine de trous. Maintenant on utilise une route pleine de trous: on n'arrête pas le progrès ! Je suis arrivé à Concepción durant le neuvième festival de musique baroque. J'ai pu assister au concert de l'orchestre des jeunes de la mission de San José de Chiquitos (le 23 avril 2010). Ils ont joué de la musique "Jésuite", sur des instruments fabriqués avec le bois de la forêt tropicale, comme le leur avait appris le R.P. Martin Schmidt s.j. aux environs de 1700. Le Père M Schmidt était aussi compositeur. J'ai joint une des photos que j'ai prises lors de ce concert. Ces concerts permettent d'imaginer ce qui se passait ici il y a 300 ans !


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Des instruments condtruits comme du temps des Jésuites.


Les Jésuites venaient de toute l'Europe. Ils parlaient latin en arrivant puis rapidement le chiquitos. Le Père Chomé (de Cambrai) écrivit une grammaire de "chiquitos" qui fut utilisée dans les écoles des Jésuites. Après la dissolution de l'Ordre, les conquistadores et les franciscains ont imposé l'espagnol comme seconde langue.

L'Indépendance de la Bolivie fut déclarée à Sucre, dans la "Casa de la Libertad". Cette casa est l'ancien Couvent Jésuite qui gérait la première Université d'Amérique du Sud, une université fondée par les Jésuites elle-aussi.