Les petits commerces à Arlon.

Le "filet" à provision (Kueref) ne devait jamais être trop lourd, parce qu'il fallait le ramener à pied à la maison. A Arlon, on descend vers les magasins et on remonte chez soi. A cette époque, comme il n'y avait pas de frigo, on achetait la nourriture fraîche chaque jour. Nous étions donc souvent dehors et nous rencontrions fréquemment nos voisins: on ne se disait pas "au revoir", mais "à demain", et parfois même "à plus tard" (bis mi spät, bis später).

Comme il n'y avait pas de voiture, il n'y avait pas de Supermarché. En effet, un Supermarché est un endroit où l'on remplit le coffre de sa voiture une fois par semaine: pas de voiture, pas de coffre et donc pas de Supermarché ! Les rues étaient aérées et l'air respirable. On voyait beaucoup de crottes de chien. Il y avait aussi des crottins de cheval. Ces crottins parfumaient les pavés convexes: c'était sain et naturel ! D'ailleurs, comme dans la chanson, les crottins fumants attiraient les petits oiseaux. Ils attiraient aussi ceux qui avaient un jardin: ces derniers venaient à la collecte aux crottins. Mais pour avoir du cottin frais et bien chaud, mieux valait suivre les chevaus. Les poireaux qui poussent entourés de crottins permettent de réaliser d'excelents potages !

Les magasins donnaient aux maisons du Haut de la Ville un aspect vivant qu'elles ont perdu ... Avez-vous déjà visité Arlon quand il n'y a ni marché ni école ? Qu'est-ce qu'on s'ennuye ! Jadis, la Hetchegas et la Grand Place étaient de vrais village, il y avait de l'animation.

Les gens d'Arlon se connaissaient. Ils étaient heureux de se rencontrer en faisant leurs courses. On bavardait dans les magasins en attendant son tour et sur les trottoir en allant d'un magasin à l'autre. Maintenant on se retrouve à l'Hydrion, on parle peu, on est pressé ! Ces grands malls ont supprimé une grande partie de la joie de vivre en communauté. Les gens cherchent à s'isoler ... drôle de société !

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Figure 001: En enlevant les autos, les signes rouges et en remettant des volets aux fenêtres on peut imaginer l'Arlon de jadis (on voit ici l'enduit jaune ou de la peinture qui l"imite). Sur la vitrine de la maison jaune on lit "Maison de la Knipchen", on a écrit Kniptchen sans t: celui qui a écrit cela etait sûrement un illetré. En arlonais on écrit et on prononce Kniptchen (Les luxo mettent deux p ... s'ils aiment). Au Grand Duché, une Knippchen est une praline. Pour rentrer chez nous je descendais cet escalier chaque matin après avoir servi la messe à Saint Donat.

Il y a de moins en moins de petits magasins. Les maisons sont devenues des dortoirs. Il reste encore quelques magasins de luxe, "des boutiques". Hors ville, dans les malls il y a d'énormes sociétés et des employés, même politiquement c'est différent. Les petits indépendants d'Arlon votaient comme ceci et les employés des grosses sociétés votent maintenant comme cela. Il y en a qui ont intérêt à fabriquer des employés, les employés, ça se syndique, ça vote pour , dans le fond pour qui ? Jadis l'argent restait en ville, maintenant il va dans les poches des actionnaires des grosses sociétés, il va donc ailleurs, parfois trè loin. L'Hydrion, c'est comme n'importe quel mall en Belgique ou de par le monde: on trouve les mêmes enseignes, les mêmes marchandises. On achète pour quasi rien dans les pays pauvres et l'on vend très cher ici.

Essayez d' acheter à l'Hydrion si vous n'avez pas de voiture (ma soeur m'a dit que maintenant il y a un bus, mais pour les marchandises congelées ... (c'est peut-être un bus frigorifique) !

Après leurs achats, les arlonais remontent en ville. Ils parquent leurs autos près de chez eux. Ils rentrent avec ce qu'ils ont acheté et regardent vite "le match" à la télé avant de bouffer ou d'aller au lit: parfois ils bouffent des chips en regardant la télé.

A Arlon, si vous vendez des télés ...

Des représentants de l'administration communale vont demander aux anciens "petits commerçants" de redonner à leur maison l'aspect de jadis. Que l'on supprime les malls et les Supermarchés et que l'on ramène l'argent d'Arlon à Arlon ! Pour entretenir sa maison, il faut un commerce florissant. Il y en a qui rêvent du beurre et de l'argent du beurre.

Je me demande bien quel touriste voudrait visiter ce qui reste d'Arlon. Trèves n'est pas loin, et là il y a aussi des Musées, pas des Musées Gaspard, de vrais musées ... Il y a même des restaurants où on bouffe autre chose que des pizzas. Allez à Trève et laissez les arlonais dormir en paix !