Graines et Imprimeurs


a) Les graines

Nous achetions en France les graines que nous vendions. Mon père les achetait en sacs. Notre intermédiaire était un importateur qui habitait à Fayt-lez-Manage qui s'appelait Godet. Mon père testait le pouvoir germinatif des graines et les mettait ensuite en petits sachets. Par la suite, le gouvernement faisait de nouveau tests germinatifs.

L'opération "Tester le pouvoir germinatif des graines" modifiait complètement l'aspect de la maison. Mes parents plaçaient plusieurs petites soucoupes en terre cuite sur tous les radiateurs je dis bien tous (Il y avait 17 pièces chez nous. Dans ces soucoupes ils plaçaient un tampon d'ouate mouilliée et sur le tampon un échantillon de la population de chaque type de graines (10 je pense par petits sacs). Tous les jours il fallait arroser l'ouate de chaque soucoupe. Mon père comptait le nombre de graines qui avaient germés.

Les graines appartenant aux groupes testés étaient ensuite mises en sachet. Le soir, sur la table du salon, mon père étalait un journal, il y versait des graines et remplissait les petits sachets à l'aide d'une cuillère à café. Il pliait ensuite les sachet de manière à les fermer. La haut des sachets ainsi fermés était triangulaire. Plus tard il utilisa des méthodes plus sophistiquées. Un sachet se vendait deux francs.

Il y avait deux sortes de sachets. Les sachets à images en couleur qui étaient fournies par la firme Godet. Mais il y avait ces petits sachets jaune. Les sachet jaunes étaient acheté à la papeterie "Léonet" à Huy. Ils étaient imprimés chez un copain de mon père Walravens, dans la rue des Capucins. Mon père avaient des revendeurs, donc il n'indiquait jamais son nom sur les sachet. Il était écrit le type de graine, E.H.A. et son numéro de registre du commerce.



b) Les imprimeries d'Arlon

L'imprimerie Walravens se trouvait dans une de ces vieille maisons de la rue des Capucins. C'était à droite, en montant la rue, deux ou trois maisons plus haut que chez le boulanger Simonis. Je me souviens que pour y arriver il fallait monter plusieurs marches en pierre bleue (il faudrait que je demande à sa fille où se trouvait l'imprimerie de son père). Il imprimait les faire-parts mortuaires, les images de communion et quand les boches le réquisitionnaient, les papiers de la "Kommandantur". Pour mon père, il imprimait les sachets jaunes et les prospectus. En effet, tous les ans, lors de la Foire commerciale, aux Hall Louis (rue de Diekirch), mon père exposait et donc distribuait des prospectus.

J'aimais l'imprimerie Walravens. Ça sentait bon l'encre d'imprimerie. Il y avait des petits casiers en bois avec des lettres amovibles. On comprenait de suite la découverte de l'imprimerie par l'allemand Gütenberg (les imprimantes actuelles ne sont pas très parlantes pour ce genre de choses !) Il y avait aussi une machine noire, bien huilée, qui prenait les feuilles et les imprimait. Madame Walravens vendait des cahiers "Le Semeur" et des plumes "Ballon" dans la rue de la grand place: la rue qui menait de chez nous à la Grand Place.

Dans l'imprimerie de Monsieur Walravens, une machine me subjuguait. On aurait dit une grande pieuvre verte. Un bas de la bête saisissait une feuille de papier vierge, l'autre bras l'écrasait en l'imprimant. Le premier bras déposait ailleurs la feuille imprimée pour se précipiter vers le tas de feuilles vièrges et recommencer l'opération. Naturellement, le texte imprimé n'était pas toujours gai à lire. On imprimait là des faire part mortuaires, des annonces de mariage, de Baptême, des images fe communion, de confirmation ... et les sachets paternels.

Mon père me disait que Monsieur Walravens était un premier de classe. Il écrivait sans fautes en français et en allemand. L'imprimerie était d'ailleurs bien équipée en grammaires et dictionnaires. Quand un imprimeur fait une faute, tout la ville le sait. Je sentais déjà à cette époque que je n'avais pas la vocation.

J'étais enfant de choeur lors de l'enterrement de la mère de Monsieur Walravens, ce fut un bien triste moment, chaque fois que je me retournais, je pleurais !

Il y avait aussi l'imprimerie J. Fasbender. On y imprimait un journal que mon père ne lisait pas: "les Nouvelles". Je pense que c'était un journal libéral. Cette imprimerie se trouvait au coin que fait la place Didier avec la rue de la Banque.

Chez Fasbender, on imprimait aussi des livres de chants et des cahiers de solfège. Le frère Charles, notre professeur de solfège nous envoyait là pour acheter nos cahiers de musique. Un des petits fils Fasbender (Jacques Ballan) était avec moi à l'école chez les frères Maristes.

L'imprimerie se trouvait dans le fond, là où débouche la rue de la banque. La maison Fasbender a été abattue et remplacée par un horrible immeuble de rapport en béton: à Arlon l'urbanisme est coupable d'un assez grand nombre de crimes ! Sérieusement, on devrait étudier la question, rechercher les coupables et les punir ! Si on continue, Arlon ressemblera bientôt à Charleroi ...

Il y avait d'autres imprimeries à Arlon, notamment la librairie Everling et celle de L'avenir du Luxembourg. Mais je ne les connaissais pas et je n'en parlerai donc pas. Je sais juste qu'Everling a publié certains des livres d'Alfred Bertrang et que c'était l'imprimeur de mon grand père paternel.

Les imprimeries arlonaises se sont adaptées, elles impriment maintenant en français et avec des fautes !