Comment "chambrer" un pape.





Chambrer un pape, c'est ne lui dire que ce qu'on veut qu'il entende, mais visiter une université, c'est parfois s'exposer à entendre ce que les étudiants veulent dire ... Il valait mieux que Jean-Paul II ne sache pas ce que l'on pensait de lui à Louvain !

Rappelons que Mgr Oscar Romero était docteur honoris causa de l'université de Louvain et qu'il avait déjà donné son opinion sur l'Eglise romaine ... avant la visite pontificale.



De vilaines idées circulaient à Louvain

Le pape Jean Paul II vint visiter l'Université Catholique de Louvain (UCL). On ne lui avait pas dit que Mg Romero était passé avant lui par ici. Tout le monde savait ici que le pape n'aimait pas beaucoup Mgr Romero ni les autres Mgr qui défendaient les pauvres contre les excès de ces "bons américains" . Romero fut donc reçu avec froideur. Les photos de cette réception circulaient d'ailleurs par ici et provoquaient une grand émotion.

Si le pape n'aimait pas Romero, Romero était aimé ici ...

On parlait aussi d'un autre salvadorien, le RP Rutilio Grande sj qui avait été assassiné par des terroristes formés par la CIA: il allait dire une messe. Or ce brave père était un ami intime de Romero. Le pape faisait donc figure d'ennemi des héros d'ici, de collaborateur de la CIA et d'ami intime de Ronald Reagan ... Bref un homme très douteux.

Romero avait quitté son palais archiépiscopal de Salvador et logeait dans un appartement simple dans un hôpital pour cancéreux au stade terminal, il est mort jeune assassiné en disant une messe. Le pape par contre vivait dans une appartement luxueux au Vatican et mourut de vieillesse dans son lit.

Comme tous les membres du haut Clergé, Jean-Paul II était plus à droite qu'à gauche (c'est dit très gentiment).

Aux Etats Unis on aimait les curés de droite, Dieu leur semblait être une invention utile, car il permettait d'exploiter les pauvres. Les évêques d'Amérique du Sud supportaient les pouvoir forts. Il y avait bien Don Hélder Camara, mais c'était assez exceptionnel ...

Au contraire, le monde communiste considérait lui que Dieu fut inventé par les riches pour exploiter les pauvres. Les curés étaient donc considérés comme des ennemis du peuple.

Certains théologiens de l'UCL désiraient même vouloir attaquer la théologie de l'aliénation (traditionnelle disant qu'elle était inspirée davantage par la CIA que par le Christ.



Faire bonne impression

Il fallait donc sérieusement nettoyer les locaux et montrer au pape une université fidèle aux valeurs sûres du passé, les yeux tournés vers Washington.

Les étudiants étaient les premiers à mater. Le Recteur convoqua donc le président de l' Association générale des étudiants. Il le somma de lui communiquer une copie du texte de l'allocution qui serait prononcée par les étudiants pour accueillir le pape polonais. Le président connaissait le coco. II fit rédiger un texte "bidon" au cour d'une soirée très imbibée. Il remit ce texte au Recteur. Celui-ci le félicita pour la modération dont il avait fait preuve.

Ceci prouve les qualités exceptionnelles des "trappistes" dans le préparation des textes à vocation pontificale. Les "trappistes" proviennent des abbayes de Chimay, Rochefort ou encore Orval.

Mais, lors de la réception, ce n'est pas le président qui se leva pour accueillir le Pape, mais une étudiante. C'était une étudiante polonaise elle se mit à lire un texte d'accueil tout en Polonais. Peu de gens comprennent le Polonais, personne ne savait donc ce qui était dit. Ma fille étudiante à Louvain à cette connaissait le gag et l'étudiante.

Ancien étudiant moi-même, je me serais méfié de l'esprit facétieux des étudiants Louvanistes. Les recteurs sont parfois naïfs, autoritaires mais niais.

En voyant les grimaces pontificales on comprit très vite que les paroles de la jeune fille ne correspondaient pas au standard des allocutions que le Pape était habitué à entendre. On voit ici aussi les merveilles réalisées grâce à la "trappiste". Cette fois cependant, sa Sainteté saurait ce que pensent réellement les gens d'ici et entendrait ce qui est d'habitude bien filtré par son entourage mauve: il connaîtrait une réalité qu'on voulait lui cacher, et non le rêve ou le mensonge dans lequel on voulait le voir croupir. Lorsqu'elle eut lu son texte, le pape embrassa la jeune polonaise avec beaucoup de gentillesse et elle alla se rasseoir au grand dam des éminences locales. Elle avait vaincu les mauves (ceci n'est pas une allusion au FC d'Anderlecht, couramment appelé "les mauves").

Jean-Paul II avait un passé assez chargé. Il avait tenté de convaincre les mésoaméricains que la CIA et Ronald Reagan étaient moins dangereux pour eux que les tenants de la théologie de libération. Il avait bloqué la béatification de Mgr Oscar Romero. Il aurait du savoir que Romero était un docteur Honoris causa de notre université ...

Benoît XVI fut plus malin, il ne se frotta pas aux louvanistes ... on ne l'aurait pas manqué !

Je demandai à un ecclésiastique pourquoi le Christ a dit tant de mal des Pharisiens, des Grands prêtres, des prêtres et des Scribes, il m'a répondu qu'à cette époque, ces gens avaient sans doute un comportement bizarre ... à cette époque ? Je pense que les gens d'alors avaient bons dos. Lisez les journaux et vous verrez que certains battent maintenant des records !

On a un peu l'impression que Satan s'est attaqué au Vatican ... Le Pape va devoir chasser les démons ...

Peu de temps après sa nomination, le pape Francis n'a pas dit: "Je suis sa Sainteté, je prierai pour vous", mais "Je suis un pécheur, priez pour moi". Au lieu de se mettre des bouchons d'ouate dans les oreilles, il écoute le Saint Esprit ...

Prions pour le Pape François, il est comme je ne sais plus quel martyr, au milieu d'un cirque romain, face à une meute de tigres affamés.