Lovanium et le massacre


Y avait-t-il des médecins africains au Congo ?



J’étais dans le petit groupe d’étudiants de quatrième année de médecine qu’un professeur avait convoqué ce soir-là dans un petit auditoire de la Faculté. Nous étions impatients de connaître le motif de ce petit rassemblement. Un examen superficiel permettait de juger que nous étions les soi-disant "bons éléments", mais cela ne nous apprit pas grand chose quant à l'objet du rassemblement.

La Faculté avait-elle enfin décidé d’organiser ces cours pratiques que nous demandions avec insistance, des cours qui nous auraient permis d’observer de vrais symptômes sur de vrais malades ... Mais alors pourquoi avait-ils choisis ceux qu’elle considérait comme les meilleurs, les autres devaient aussi recevoir une bonne formation ?

Le Professeur entra, s’installa et nous souhaita poliment le bonsoir.

Il nous rappela que la Belgique allait bientôt donner l’Indépendance au Congo. le mot donner était une de ces nuances politiques qui cachait mal le fait que les Congolais avaient exigé cette Indépendance. Il nous rappela ensuite que la Belgique avait fait énormément pour le Congo, qu’elle continuerait à agir ainsi: nous en avions les larmes aux yeux.

Au Congo, nous rappela-il, il y avait des écoles publiques et religieuses. Nos missionnaires avaient construit là-bas de merveilleuses églises. Il y avait des Congolais qui parlaient mieux le flamand que nous wallons ... Ce qui entre parenthèse n'est pas difficile ... cela ne me fit donc pas pousser des cris d’exclamation. On les avait donc bien choyé ! Nous avions simplement oublié une petite chose, rien qu'un toute petite chose: nous n’avions pas formé de médecins !

Nous n'avions jamais vu de Congolais. Il était d'ailleurs interdit à un Congolais de pénétrer en Belgique. Pour ma part, les seuls noirs que j’avais vu étaient les noirs américains. Et encore, les américains blancs les cachaient efficacement. Nous avions aussi vu ce vieux noir Français qui vendait du Carabouia sur certains marches. J’oubliais enfin d’écrire que nous avions vus quelques enfants métis à l’école. Les noirs ne pouvaient pas entrer en Belgique. Les colons qui avaient fait des gosses à des Congolaises pouvaient ramener les gosses en Belgique, mais la mère devait rester là-bas. Ma mère me dit que la Belgique ne valait pas mieux que l’Allemagne Nazie, les Etats Unis ou l’Afrique du Sud.

Nos prêtres savaient cela, mais se taisaient par patriotisme sans doute. On peut se demander si l'Eglise belge ne confondait pas évangélisation et colonisation, un peu comme faisaient les rois portugais et espagnols

Le processus de colonisation permettait donc de séparer la mère de ses enfants. Quand on parle de ce qu’a fait la Belgique au Congo, on parle de toujours de notre merveilleux système sanitaire, un exemple pour le monde ... On ne parle jamais de racisme.

Mais revenons à notre petite réunion ...

Le professeur nous avait réuni pour nous dire que la Belgique allait "donner" son indépendance au Congo. Nous allions donc retirer "ce système sanitaire que le monde nous envie". Il n’y avait hélas aucun médecin congolais. La Belgique avait simplement oublié de les former. Les belges se retiraient en laissant crever les congolais !

On s’était bien rempli les poches, mais on avait oublié qu’il y avait des êtres humains là-bas.

Il fallait donc former rapidement des médecins Congolais et c’est pour cela qu’on nous avait réunis ce soir. On allait faire venir des infirmiers Congolais et les faire entrer directement en quatrième année de médecine. Nous adopterions chacun un de ces infirmiers et nous l’accompagnerions à chacun de nos cours. Assis à côté de nous. Nous l’aiderions à comprendre ce qu’ils ne comprendraient pas, donc la matière théorique enseignée dans les années précédentes. Ainsi des étudiants belges aideraient la Belgique.

C'est un système économique, il ne coûterait rien à l'Etat belge ... astucieux, non ! De plus le plan était noble et aurait du titiller une de ces fibres idéalistes qui vibrent en chaque étudiant. Nous rêvions d’aider "ces pauvres petits noirs" que nous n’avions jamais vu. Vint alors la surprise, ces infirmiers n'étaient pas des "petits noirs", mais des adultes. Beaucoup étaient pères de familles nombreuses. Les petits blancs que nous étions étaient un peu gênés des rêves pédagogiques qu’ils avaient faits.

La Belgique avait loué pour nos Congolais des maisons bon marché, dans les quartiers ouvriers et pauvres de Louvain. La population locale les avait reçus avec beaucoup de gentillesse et de simplicité, mais on parlait flamand par là. Les enfants avaient été inscrits dans les écoles flamandes du coin. Beaucoup se souvinrent alors du flamand qu’ils avaient appris au Congo, chez les Pères de Scheut et purent ainsi aider leurs enfants dans leur scolarité. C’est sans doute la seule fois ou l’étude du flamand leur fut d’une utilité quelconque. Car la Belgique enseignait aussi le flamand aux petits colonisés.

Il y avait bien une école francophone à Louvain, mais elle était dans les quartiers francophones riches. Les sommes que leur allouait la Belgique ne permettaient pas à ces infirmiers de payer les notes de transport des enfants vers ces endroits plus chics. De plus, colonisés, ils étaient habitués à vivre plus pauvrement et découvraient avec surprise, que les populations ouvrières d’ici avaient, dans leur pauvreté, une extraordinaire possibilité d’accueil.

Le jour de leur arrivée, ils avaient été accueilli dans les locaux de l’hôpital universitaire Sint Pieter à Leuven (Louvain). En sortant, ils s’étaient arrêtés devant le spectacle qui s’offrait à eux. Des ouvriers flamands étaient alignés le long du trottoir. A chaque coup de sifflet d'un contremaître, ils enlevaient un pavé. Au quatrième pavé, ils creusaient le sol. Une camionnette déroulait un câble qui se logeait dans le trou. A coup de sifflet toujours, les ouvriers rebouchaient le trou, replaçaient les pavés et se déplaçaient pour continuer le même travail plus loin.

Nos congolais regardaient le spectacle avec curiosité.

Je demandais au Congolais qui m’avait été attribué s’il n’avait jamais vu de travail à la chaîne. Il me répondit que si, mais que ce qu’il n’avait jamais vu, c’étaient des blancs qui travaillaient ... Bref, le Congo était une sorte de paradis pour colons.

Ils ne nous fallu pas longtemps pour nous rendre compte qu’ils n’avaient pas besoin de beaucoup d’aide pour assimiler la médecine. Ce sont plutôt eux qui nous ont aidés. Ils avaient en effet déjà vu des malades, beaucoup de malades même et ils connaissaient toutes les maladies. Au Congo, ils triaient les malades pour faciliter le travail des médecins de la colonie.

Trier les malades exigeait de leur part une connaissance parfaite de la symptomatologie et des maladies que ces symptômes désignaient Ces braves infirmiers illustraient nos cours et leur donnaient du sens. Finalement, ils nous ont formés. Sans le vouloir, la Belgique avait trouvé un autre moyen d’exploiter le Congo.

Comme ils vivaient dans des quartiers pauvres, qu’ils avaient de petites maisons, ils n’avaient que peu de place pour étudier. L’un d’entre eux me dit qu’il étudiait dans la cave, à côté du tas de charbon. C’était me disait il le seul endroit où il n’entendait pas ses gosses jouer.

Ils furent diplômés en même temps que nous et retournèrent en Afrique. C’est en me souvenant de tout ceci qu’est née en moi le désir d’enseigner à la Faculté de médecine de l’université Lovanium de Kinshasa. Je rêvais de faire après l’Indépendance ce que la Belgique aurait du faire avant.

J’ai retrouvé au Congo quelques uns de ces copains de cours ...



Colonisation et évangélisation


C'est au Congo que j'ai compris ce qu'était l'Eurocentrisme religieux. L'évangélisation était largement utilisée comme support de la colonisation. Certain missionnaires (pas tous) pensaient qu'il devaient que faire "évoluer" les congolais. Pour eux, un congolais évoluer devenait un belge. Dans leurs école on apprenait le français et le flamand, ce qui leur semblaient normal.

Dans les colonies espagnoles on parle espagnol, on parle portugais dans les colonies portugaise, français dans les colonies françaises, anglais dans les colonies anglaises, Néerlandais dans les colonies Hollandaises ... Les langues locales sont considérés comme sous développées. Si vous parlez du problème à des français, des belges, des anglais... Ils vous regardent, étonnés, et vous disent que les colonisés sont des sauvages, ils parlent donc des langues de sauvages. Le Christ devait être un sauvage, au lieu de parler le "romain", comme l'envahisseur, il parlait araméen ...

Saint François Xavier avait découvert que son action dans les Indes portugaises, enrichissait le roi et le Portugal et qu'il n'était pas un envoyé du Christ, mais en employé du roi. Inutile de vous décrire sa réaction en voyant la chose... Lisez sa correspondance avec le roi du Portugal.

La Belgique a pillé les minerais du Congo, L'Espagne l'or et l'argent des Amériques, Les USA le pétrole du Moyen Orient ... Il y a encore quelque naïf qui croient en l'action bénéfique de la colonisation.

Le clergé congolais avait beaucoup songé à ce problème. Le Cardinal Joseph Malula (de Kinshasa) allait parfois à Rome mais se sentait gêné au milieu de tous ces blancs qui se considéraient comme la fine fleur de la civilisation. Ils avaient derrière eux vingt siècles de civilisation judéo-chrétienne. Alors que ce Malula sortait de sa brousse.

Il était Cardinal d'une bande de bantous. Malula tenta d'expliquer cette situation à Jean-Paul II (on peut lire leur correspondance, elle est édifiante) ... Mais il n'était pas plus malin que ses courtisans !

Les européens et les américains devait choisir entre ce Malula qui voulait représenter ses chrétiens et Mobutu qui défendait si-bien les intérêts belgo-américains. Le dollar triompha et Malula alla "se reposer à Rome". L'action de l'Esprit Saint semble parfois étonnante.

Avec Saint François Xavier, les jésuites connaissaient la chose depuis longtemps. Ils établirent leurs propres missions en Chine et en Amérique du Sud principalement.

Les "Réduccions" jésuites de Bolivie sont les seules que je connaisse. Les jésuites apprenaient les langues locale. Ils apprenaient donc à comprendre d'abord, à prêcher ensuite puis à enseigner dans ces langues. Chez les jésuite on apprenait la musique, les arts et les sports. Au lieu d'avoir une église pour les espagnols et métis, ainsi qu'une hutte pleine de moustiques pour les offices Amérindiens, chez les jésuites il y avait une seule église pour tous, l'église était construite et décorée par les Amérindiens ... Les jésuites tentaient donc de respecter langue et culture locale... l'organisation sociale était amérindienne, Il y avait même des élections et elles étaient annuelles. Elles organisait l'administration. Pour éviter des révolutions de leurs propres esclaves. les Espagnols, français, italien ... ont demandé au Pape de supprimer l'ordre des jésuite ... D'habitude, le pape écoute l'Esprit saint ! Mais souvenons-nous des reniements ...



Lovanium, l'Université catholique de Kinshasa


L’ Université de Kinshasa était dirigée par Monseigneur Tharcisse Tshibangu. Nous étions habitués à des Monseigneurs belges, qui se prenaient très au sérieux et qui méprisaient le petit peuple du haut de leur pompe ecclésiale. Je fus donc très surpris de rencontrer en Monseigneur Tshibangu quelqu'un qui était à la fois simple et gentil. Ce n'était pas comme me disait je ne sais plus quel monseigneur belge, un petit bantou tiré de sa brousse ...

J’étais venu me mettre au service des bantous.

Depuis que la Belgique s'était retirée, la Faculté de médecine était chaperonnée par l’ONU. Beaucoup de nations avaient profité de cette situation pour placer leurs hommes et les engraisser.

Le nombre d’heure de cours par semaine était assez impressionnant. La recherche scientifique se faisait elle soit sur les court de Tennis, soit à la piscine.

Le chef de notre groupe, le vieux Professeur J.P. Bouckaert fut choisi comme doyen. Il me prit comme secrétaire académique et nous nous mîmes au travail. Au début ce fut calme. Avec Bouckaert il fut décidé de réduire à 40 le nombre d'heures de travail de l'étudiant, soit 20 heures de cour théorique et pratique compris... Cela fit grincer quelques ténors, on les laissa grincer. cela dura plusieurs mois, puis, calmement ils s'apaisèrent ...



Un massacre d' étudiants




Ce matin-là, je me hâtais vers le "Club des résidents" de l'Université Lovanium de Kinshasa en république du Congo. En 1969 le pays s'appelait Zaïre. Je devais donner cours tout la matinée et je voulais prendre mon petit déjeuner très tôt  au Club. Le Club était fermé et je ne voyais pas de trace du personnel. Tout était silencieux. D'habitude, l'endroit est très bruyant, le personnel s'agitait autour de la patronne, madame B.; des rires fusent de partout, on sent la bonne odeur du café frais ...

Prendre son petit déjeuner en ces lieux, est une bonne façon de commencer sa journée.

Aujourd'hui, l'endroit est comme mort, il doit se passer quelque chose. Pour empêcher les congolais de rire, la chose doit même être très grave.

Quittant sa  Jeep, R. se précipite vers moi pour me dire dit de vite rentrer à la maison, il y a une sorte de révolution des étudiants entre le Campus et Kinshasa.  il a vu des dizaines de cadavres d'étudiantes et d'étudiants  mitraillés par les para de Mobutu. Ce matin m'expliqua R., les étudiants étaient partis très tôt à pieds pour manifester en ville (Kinshasa). Au volant de sa Jeep, il les avait suivi pour les aider autant qu'il le pouvait, car il prévoyait ce qui allait se passer.

R. est un scientifique hors caste. Il vivait avec les étudiants. Il était rejeté par les européens bien pensant. Les étudiants par contre le considérait un peu en père. S'il était venu à Lovanium, c'était pour les étudiants. 

Il suivit donc la file des marcheurs avec sa Jeep, mais fut arrêté au premier poste contrôle. Des paras armés l'on prié de faire demi-tour: "les blancs ne sont pas concernés par ce qui se passe" lui avait-on dit en guise d'explication. Il vint donc ici, au club. Sur la route il croisa l'ambulance des Cliniques Universitaires qui fonçait amenant Mgr T. Tshibangu, le recteur. Il voulait en effet s'interposer entre  les mitrailleuses et ses étudiants, mais il était déjà trop tard. Il y avait déjà des dizaines de cadavres, principalement des étudiants, mais aussi des mères de famille et des enfants allant soit au marché, soit simplement pour voir ce curieux défilé.

Un vieux missionnaire, aumônier de l'hôpital des Congolais à Kinshasa faisait semblant de lire son bréviaire, en réalité il comptait les cadavres qu'on amenait là. Il en avait compté plus de cent quand il fut prié de rentrer chez lui par la soldatesque. On cachait les cadavres pour que personne ne puisse les compter. On ne les rendit jamais aux familles ... ce qui allait à l'encontre des traditions bantoues.

Les survivants étaient éparpillés autour du campus, un campus bien clôturé. Il ne pouvaient donc pas rentrer dans leurs homes, il se seraient fait abattre par les para qui les attendaient à l'entrée.  L'enceinte avait été construite quelques années auparavant par les soldats de l'ONU.

Le doyen B. étant absent, je jouais le rôle de doyen "faisant fonction", je devais donc me trouver à mon bureau pour le cas où ... Je me rendis donc en Faculté, une Faculté vide. Par les fenêtres de mon bureau je vis des petits arbustes qui avançaient lentement vers l'église du site et vers les homes qui l'entouraient. Les para envahissaient lentement le tout ... ils étaient "camouflés". Ils établirent des postes de contrôle le long des routes du site.

MSF

La Faculté de médecine et les cliniques universitaires étant très décentrées, on voyait au loin le reste du Campus, situé sur le plateau de Kimuenza.

Vers midi, tout étant toujours silencieux, je téléphonai au directeur de l'hôpital universitaire afin décider ce qu'il fallait faire. Il me répondit que les blancs ne doivent rien craindre, ils ne sont pas concernés par ce qui se passe, mais que, selon lui, il serait quand même prudent de former un convoi de professeurs pour rejoindre le centre du Campus.

Dans le parking facultaire, il n'y avait une voiture, celle de Léopold D., le Professeur d' Anatomie. Autrichien, il était fidèle à son poste, il attendait dans son bureau. Je rentrai "en convoi" avec lui. Au poste de contrôle Les paras nous autorisèrent à continuer notre route non sans avoir bien vérifié que nous ne véhiculions aucun africain.

Nous avons partagé un repas frugal avec les autres résidents. L'épicerie était fermée, mais les épouses se débrouillèrent.

Tout en mangeant nous avions décidé de rejoindre nos postes respectifs, de rester en contact téléphonique et d'être prêts à tout.

On ne voyait aucun militaire, personne ne savait où ils se cachaient: ceux qui les avaient entraînés leur avait appris à bien se cacher.

Le Professeur Jef Gh., un ami, me rappela que sa maison était située contre le grillage d'enceinte du site. Il avait perforé ce grillage et s'apprêtait à réintroduire les étudiants un à un dans les homes. Puisqu'il était "manager" de l'équipe Nationale de foot, il était normal que sa voiture soit remplie de ballons. Il amènerait les étudiants dans sa voiture, en les cachant sous des ballons. Il me demanda de l'accompagner pour qu'il y ait au moins deux blancs dans la voiture. L'opération réussit; le matin et à midi nous ramenâmes des étudiants. Ils nous contèrent ce qui s'était passé.

Les étudiants voulaient manifester au centre de Kinshasa contre Mobutu, le dictateur: le peuple était affamé. Ils étaient partis de nuit à pied, pour n'éveiller aucun soupçon et ne pas être reçu par des militaires armés et organisés. La longue troupe quitta le Campus à pied vers trois heures du matin. En avant de la colonne marchaient les étudiantes, suivies des étudiants.

Les étudiantes avaient décidé de se placer en tête, parce qu'elles était courageuses et non, comme certain le pensent, pour servir de boucliers à des mâles craintifs. A  l'entrée de la ville ils se mêlèrent aux femmes qui allaient au marché. Cette foule immense attira aussi les enfants curieux ...

C'est à ce moment que commença la mitraillade et que tout ce monde se vit entouré de para qui organisèrent la boucherie suivant les méthodes apprises dans les écoles qui forment les forces armées des dictateurs. Bref cela se termina rapidement, le sol jonché de cadavres d'hommes, de femmes et d'enfant ... La mèche avait sans doute été vendue par des espions.

Mobutu parla à la radio et dit qu'il était absent le jour en question, et que toutes les décisions avaient été prises et exécutées par des collaborateurs trop zélés. Il invita les étudiants à rejoindre les homes et au lieu de regarder le passé, de "retrousser leurs manches et de faire face à l'avenir". "Que les paras se retirent et que les étudiants regagnent leur homes et continue leurs études". C'est ce qu'ils firent. Ils étaient moins nombreux, en plus des morts il y avait ceux qui étaient en prison.

A la différence des étudiants en médecine européen et américains, la vocation médicale vise ici l'homme malade et non les bénéfices qu'on peut tirer de la maladie. La médecine ne rapporte rien dans les pays pauvres. Le modèle de l'étudiant en médecine congolais était Che Gevara (qui était médecin). Les étudiants voient la maladie comme un mal qui s'ajoute encore à la misère ambiante.

Au Congo, les meneurs de la contestation étaient des étudiants en médecine idéalistes. Comme disait mon ami Zacharie N'goma (un professeur émérite): " En brousse, il n'y a ni eau, ni gaz, ni électricité, ni médicaments, pas de livres et pas d'école ... vas y avec ta femme et tes gosses ... il y alla lui et les siens).

La Belgique laissa un système médical colonial que le monde envie ...

Je continuais donc l'année académique avec des auditoires moins pleins. Des étudiants étaient morts et d'autres "pourrissaient" dans les prisons du dictateur. Je finis par donner ma démission. Plusieurs années plus tard, l'un des mes étudiants d'alors qui avait passé des années en prison vint en Belgique avec une bourse de Caritas Catholica pour continuer ses études à Louvain; il réussit brillamment, devint chirurgien et rentra au pays.

Les étudiants furent calmes quasi toute l'année, mais soudain, le jour anniversaire de la tuerie, il demandèrent à Raymond Theisman, curé de la paroisse universitaire, de célébrer une messe des morts sur un cercueil vide pour rappeler les morts. La messe eut lieu, elle fut suivie d'une manifestation monstre.

Le soir, Mobutu lui-même dit à la télévision que l'abbé Theisman "devait dans les 24 heures GMT (sic) quitter le territoire de la république et il ferma l'Université". Raymond est encore actif, il est curé du quartier "Les Bruyères", une paroisse du campus de Louvain-la-Neuve. Il doit avoir un peu plus de 85 ans.

Il vient de rendre visite à ma fille Anne qui a déménagé dans ce quartier lui rappelant que nous nous sommes connus jadis au Congo. Grâce à cette visite, je puis raconter une partie de notre histoire commune que j'avais totalement oublié. Joseph Gh , est Professeur émérite de la "Katholieke Universiteit van Leuven". Mobutu est mort, mais la dictature se poursuit grâce à un digne successeur. Les poches de Kabila (le successeur) se remplissent petit à petit, à la grande joie de ses héritiers.

Si vous visitez WALIBI, penser aux victimes de celui qui a investi là l'argent de son peuple !

Maintenant, des belges oublient, que migrant au Congo, ils se sont enrichis au dépens des congolais en soutenant des marionnettes comme Mobutu pour faciliter le pillage. Les armes qui ont servi au massacre n'ont pas été produites en URSS comme on nous faisait croire alors.