Les prêtres qui m'ont formés



Je fus baptisé par un vicaire au temps du curé-doyen Knoppes en 1937. Il est mort au début de la guerre 40-44. Le curé-doyen Joseph Origer, son successeur nous prépara à la première communion en 1944; il m' admit ensuite comme enfant de choeur; Il m'apprit comment utiliser les crécelles pour rabattre les fidèles aux offices en fin de Semaine Sainte, "quand les cloches étaient à Rome". Un de vicaires, l'abbé René Feck fut mon premier aumonier au louveteau, à la Tanière, rue des Capucins. Les cendres d' Origer, Feck, du RP Biot sj et de quelques dizaines d'autres arlonais se trouvent maintenant répandues quelque part autour de Hambourg, ils sont morts au camp de concentration de Neuengamme dans les mois qui suivirent, en 1945. Si Jean-Paul II, n'aime pas les communistes suite à ce qu'il a vu, moi je n'aime pas les papes inscrits aux Jeunesse Hitlériennes, suite à ce que j'ai vu. J'aime les "bienheureux" allemands mort au camp de Dachau comme Bernhard Lichtenberg.

Jésus aura sans doute demandé à ces prêtres d'Arlon d'accompagner les arlonnais au camp de Concentration ...

Le curé Firmin Schmitz m'enseigna de façon pratique le but de la vie pour un chrétien à l'occasion de mes activité activités d'enfant de choeur, l'enseignement portait sur la période s'étalant entre le Baptême et l'extrême Onction. Il m'enseigna aussi le culte de la Vierge Marie. L'abbé jean Hames, un ami de toujours me fit visionner certaines injustices sociales dans notre commune. Il y avait bien sûr des catéchismes, mais ces deux prêtres préféraient la théologie pratique. Le mal n'est pas une chose théorique, mais une réalité qui nous entoure ...

Les allemands ayant été chassés, les Jésuites purent revenir à Arlon. Ils y réinstallèrent un noviciat. Mon père m'inscrivit chez eux au patronage. J'eus de longues conversations très intéressantes avec un jeune jésuites, le RP Kevers sj. Le dimanche nous faisions des grands jeux et de longues ballades dans les bois; notamment du côté de Clairefontaine et du Grand Duché de Luxembourg. Au retour nous recevions une pâtisserie de chez chez Ney et une tasse de cacao. Chez les jésuites, il y avait aussi une grande bibliothèque. Le RP Marcotti sj me conseillait des livres que je dévorais. Mon père discutait avec ses amis, notamment les Pères Verviers et Robinet. Ma Grand mère me disait que ceux qui avaient des péchés graves venaient se confesser chez les jésuites. Ils étaient plus compréhensifs et très accueillants. Enfin ma Grand mère allait avec moi écouter les sermons du Père Hénusse, le grand prédicateur local.

Pour des raisons de proximité, je fis mes humanités en France, à Metz, dans un collège de Jésuites. L'organisation du collège était à la fois stricte et frugale. Notre vie était un peu gérée comme celle des soldats dans les casernes. Les gens nous plaignaient. Nous étions heureux de nous entendre dire que nous devions être très malheureux. Nous aimions qu'on nous plaigne.

Nous étions plus heureux que beaucoup d'enfant en familles. Les Pères étaient exigeants; mais nous nous sentions aimés. Les pères plus âgés se comportaient comme nos oncles, les plus jeunes comme des grands frères. Il n'y avait pas ce chouchoutage et ce favoritisme que vivent habituellement les enfants dans les familles. Dénoncer son voisin était considéré comme un manquement grave à la solidarité. Au plus fort qui voulait frapper un plus faible, on expliquait que le vrai courage c'était d'utiliser sa force pour protéger le plus faible ... pas pour le frapper.

MSF

Le PR de Cléry sj était un Polymath. Il nous enseignait tout: le français, les math, le latin, le grec et la religion. Il était gentil et patient avec tous. En religion il refusait le catéchisme et ces autres livres qu'on vendait dans les librairies. La véritable vie doit être inspirée par l'évangile et donc nous n'étudierons que l'évangile, mais nous le faisions à fond. Notre livre de cours était un Nouveau Testament, traduit par un chanoine résidant en Palestine. C'était avant l'invasion juive. A tour de rôle, nous lisions un paragraphe et nous le commentions sous sa direction.

Un jour vint la parabole du chameau et du trou de l'aiguille:

Je vous le dis encore, il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu (Matthieu 19:23-24).

Le texte était suivi d'une note "NDLR" expliquant que la muraille qui entourait Jérusalem était percée d'une porte un peu basse: les chameaux chargés devaient se baisser un peu pour passer. Le Père n'appréciait pas cette note, il précisa que le Christ choisissait soigneusement ses images et ne parlait pas à tort et à travers: les images devaient nous frapper et nous faire réfléchir. D'ailleurs dit-il, continuez ... et tout devint clair et c'était vrai. Le Père de Cléry croyait en l'amour infini de Dieu. Il refusait donc de croire à l'enfer; Dieu n' a pas pu créer une chose pareille. condamner quelqu'un à perpétuité n'est pas concevable pour celui qui personnifie l'amour. A celui qui demanda où l'on avait mis Hitler, de Cléry demanda: qui vous dit que j'étais meilleur qu' Hitler, connaissez-vous le fond de ma personne. Il nous précisa ensuite que nous n'étions pas appelé à juger les autres, mais à prier pour eux, autant pour lui pécheur que pour Hitler pécheur lui aussi. Il nous rappela d'ailleurs que Hitler était aussi un enfant de Dieu: Dieu aime tous ses enfants !

Difficile à avaler ... non !

Le RP de Sury sj nous enseigna l'humilité: avec des actes, pas avec des mots. De Sury était un ancien officier de cavalerie formé à Saint Cyr. Son nom était un nom à charnières et il appartenait à la vielle noblesse française. Il enseignait les mathématiques. Mais son activité principale était le nettoyage quotidien des innombrables WC du collèges. Un jour je lui demandai pourquoi il nettoyait les WC, il me répondit "pour qu'il soient propres pardi ! "

Le Père Préfet, Jean Hémery me dit qu'un jour ses supérieurs l'avaient placé en stage dans un home pour vieux. Un soir il fut appelé chez un vieux qui le regardait venir avec un air honteux. Sous les draps il découvrit un vieillard souillé dans ses excréments: le drap, les couvertures, le matelas ... tout était souillé. Il me dit avoir été terrorisé; Il ne savait que faire. Il appela un autre jésuite pour l' aider. A deux ils mirent une heure pour tout nettoyer et permettre au vieillard de retrouver son sourire. Le soir me dit-il je me suis endormi heureux. J'avais l'impression qu'avec l'aide de l'autre jésuite je m'étais vaincu moi-même. "Tu as sans doute remarqué que c'est la présence de l' autre jésuite qui m' aidé à recouvrir ce courage qui me manquait.".

Suite à un "chahut" que j'avais organisé, je me retrouvai, pas fier, face à ce Jean Hemery, sj, le Père Préfet. Avant de me donner un billet de retenue, il me demanda de m'asseoir et me posa gentiment une question qui me fait encore réfléchir maintenant: "Pourquoi as-tu fais ça ?" . Je dois dire que j'aurais préféré une bonne engueulade suivie d'une retenue.

Un jour que j'avais fort chahuté, il fit venir mes parents. Ma mère vint seule. Comme toutes les mères, la mienne tenta de défendre son petit chou. Il ne faut pas lui en vouloir dit-elle, "il est à l'âge bête." Il la regarda posément et rétorqua l' âge bête" n'existe pas, Madame. Je ne sais pas pourquoi, mais cette réflexion du Père Hemery me plut énormément et elle me plaît encore !

Je me demande par ailleurs si ce n'est pas pour lui dire cela qu'il fit venir ma mère.

J'ai connu plusieurs prêtres qui ont quitté leur ordre ou simplement la prêtrise. C'était mes amis et ils sont toujours mes amis. Dieu les aime sûrement aussi, Dieu est meilleur que moi. L'église romaine a une attitude un peu différente, notamment Joseph Ratsinger, aussi connu sous nom de Benoît XVI, il voulait les voir punis pour décourager les autres. Il suffit de voir comment ils se sont acharné contre Mgr Hunthausen qui refusait de punir ceux de son diocèse. Chaque fois que je pense à Joseph Ratsinger et à son entrée aux jeunesses hitlériennes, je pense eu doyen Origer et à son vicaire Feck morts au camp de concentration de Neuengamme. Peut-il juger et condamner. Il le croit peut-être ?

Il y avait des Mgr que j'aimais, notamment Mgr Dejardin, appelé "la bicyclette du Mouvement ouvrier Chrétien par la droite du Parti "Social" Chrétien. Je l'ai rencontré pour la première fois dans le fourgon d'un train qui amenait des militants du MOC à Lourdes . La dernière fois que je l'ai vu, nous avons bu un verre de "Quetsch" au Buffet de la gare de Luxembourg ... Je partais avec ma famille à Washington pour plusieurs années.

J'aimais aussi Mgr Mathen, un homme simple découvert par Paul VI. Il était alors jeune vicaire à la paroisse Saint Martin d'Arlon. Il était responsables des enfants de choeur de cette paroisse. Il était apprécie dans tout la ville par sa simplicité et sa gentillesse. Je le vois encore, traversant la ville avec son velo noir à torpédo, d'une main tenant son chapeau ... Un filet empêchait la roue d'enrouler sa soutane.

Paul VI le nomma evêque de Namur. Il était très Vatican II dans un diocèse assez rétro. Lorsqu'il eut atteint l' âge de l' éméritat, il fut remplacé Par Léonard, un numéro. J'ai entendu Léonard dire à la radio nationale, que maintenant qu'il avait été nommé évêque de Namur, il allait siffler la fin de la récréation ... Phrase éminemment chrétienne !.

Léonard avait été nommé par Benoit XVI.

Vous avez pu voir que j'eus la chance d'être formé par beaucoup de prêtres dévoués. Je voudrais les accompagner le jour du jugement

" When the saints go marching in ... oh Lord I wanna be in that number. "

J'ai rencontré des Monseigneurs d'un genre plus habituel. Comme vous n'avez pas eu la chance d'en rencontrer autant que moi, Je les ai décrit séparément, pour éviter les mélanges.